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Investir dans la production d'hydrogène vert ne suffit pas

06/10/2021

Investir dans la production d'hydrogène vert ne suffit pas

L'AIE appelle à investir aussi dans la demande pour de l'hydorgène décarboné pour en développer plus vite ses usages, comme dans l'acier vert © JAN LINDBLAD JR

Investir dans la production d'hydrogène vert ne suffit pas, prévient l’Agence internationale de l’énergie

17 pays dans le monde disposent d’une stratégie hydrogène engageant quelque 37 milliards de dollars, principalement dans les filières de production d’hydrogène vert. Cela ne suffira pas, selon l’Agence internationale de l’énergie.

L’hydrogène n’est pas la « silver bullet » de la transition énergétique. Il n’est « qu’une pièce du puzzle » dans la lutte contre le dérèglement climatique, rappellent les experts de l’Agence internationale de l’énergie (AIE) à l’occasion de la sortie de leur rapport Global Hydrogen Review 2021, lundi 4 octobre. L’hydrogène reste néanmoins une pièce indispensable pour sortir des énergies fossiles un certain nombre de secteurs, comme le transport lourd, l’acier, la chimie, mais aussi la production d’électricité, voire la mobilité.

Et si vecteur énergétique a connu de nombreux faux départs, « cette fois, nous constatons des progrès passionnants pour rendre l'hydrogène plus propre, plus abordable et plus disponible dans différents secteurs de l'économie », observe Fatih Birol, le directeur de l’AIE.

En 2019, seuls trois pays, à savoir la Corée, la France et le Japon, s’étaient dotés d’une stratégie hydrogène. Depuis, 17 gouvernements ont présenté un plan pour développer cette énergie, engageant au moins 37 milliards de dollars (32 milliards d'euros) dans les dix prochaines années. 20 autres pays disent travailler, eux aussi, à l'élaboration de stratégies hydrogène. De son côté, le secteur privé a annoncé pour près de 300 milliards de dollars (260 milliards d'euros) d’investissements.

Produire plus d'électrolyseurs

Les capacités mondiales de production des électrolyseurs, nécessaires pour produire de l'hydrogène à partir d'électricité et d’eau, ont déjà doublé en cinq ans pour atteindre un peu plus de 300 MW à la mi-2021. Quelque 350 projets en développement, notamment en Chine, porteront la capacité mondiale à 54 GW d'ici à 2030. 40 autres projets, représentant plus de 35 GW de capacité, sont aussi à l’étude. Si tous se réalisent, ils permettront de produire plus de 8 millions de tonnes (Mt) d’hydrogène décarboné en 2030. Bien, mais pas assez. Il faudrait en produire dix fois plus, soit 80 Mt, pour rester sur une trajectoire de neutralité carbone à 2050.


L'hydrogène devrait servir à décarboner de plus en plus de secteur d'ici à 2050. Source : AIE

Pour mémoire, le monde consomme aujourd’hui 90 Mt d’hydrogène, dont 40 Mt pour le raffinage, mais aussi dans la chimie et la production de fer et d’acier. Il est principalement d’origine fossile, produit par vaporéformage de gaz naturel, dont une très faible part bas carbone. On ne compte que 16 unités opérationnelles de production avec capture, utilisation et stockage du carbone (CCUS), produisant 0,7 Mt d'hydrogène par an, principalement au Canada et aux États-Unis. 50 autres projets sont néanmoins en cours de développement.


Entre les projets d'hydrogène vert produit par électrolyse et d'hydrogène bleu, à base de gaz avec CCUS, jusqu'à 17 millions de tonnes d'hydrogène décarboné pourraient être produites en 2030. Source : AIE

Là encore, c’est bien sûr loin d’être suffisant. « Pour que le secteur de l'hydrogène soit sur la voie de l'élimination nette des émissions d'ici à 2050, il faut investir 1 200 milliards de dollars [1 039 milliards d'euros, ndlr] dans l'approvisionnement et l'utilisation d'un hydrogène à faible teneur en carbone d'ici à 2030 », prévient l’AIE.

Développer la demande

Surtout, il ne faudrait pas tout miser sur le développement des filières industrielles de production, comme la France, qui ne veut pas « être un leader de l’hydrogène vert, mais le leader de l’hydrogène vert », selon la déclaration de son ministre de l’Économie, Bruno Le Maire aux acteurs de cette filière française naissante... Oubliant un peu qu’il faut aussi investir massivement dans la demande et les innovations dans les usages de l’hydrogène pour remplacer les fossiles. La France n’est pas la seule dans cette situation. « La plupart des politiques gouvernementales sont axées sur la production d'hydrogène à faible teneur en carbone et les mesures visant à accroître la demande reçoivent moins d'attention », observe l’AIE.

Investir dans le déploiement de véhicules électriques, comme le font le Japon, la Corée, les Pays-Bas et la France dans ses territoires, n’est non plus pas suffisant. Selon les trajectoires actuelles des politiques publiques, la demande d'hydrogène ne sera de 105 Mt en 2030 alors qu'elle pourrait atteindre 120 Mt avec des incitation plus fortes.

L'AIE appelle les gouvernements à développer de nouveaux instruments d'incitation. Source : AIE

Les gouvernements doivent aussi développer les instruments politiques pour développer la demande dans l’industrie, l’aviation, voire la production et le stockage d’électricité, comme les prix du carbone, les ventes aux enchères, les quotas, les mandats et les exigences en matière de marchés publics. « Leur mise en œuvre rapide et généralisée pourrait débloquer davantage de projets pour accroître la demande d'hydrogène », écrit l’AIE.

Anticiper une nouvelle géopolitique

L’autre priorité reste bien entendu la basse des coûts de production de l’hydrogène décarboné. Là, selon les ressources en énergies renouvelables disponibles, les pays sont loin d’être tous égaux. Et des pays comme le Chili, l’Espagne, ceux du Moyen-Orient ou la Chine ont une carte particulière à jouer. Avec à la clé une possible nouvelle géopolitique de l’énergie.
Source : AIE


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