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INTERVIEW « La moitié des chefs d'entreprise considère que la transition va transformer leur business model »

01/05/2021

INTERVIEW « La moitié des chefs d'entreprise considère que la transition va transformer leur business model »

Edwige Rey, responsable RSE & développement durable chez Mazars.

La transition énergétique est l'un des grands enjeux des années à venir pour l'industrie. Alors que le temps presse, où en sont les chefs d'entreprise ? Entretien avec deux des associés du cabinet Mazars, Edwige Rey, responsable RSE & développement durable et Mathieu Mougard, responsable du secteur énergie & environnement.

Transition énergétique, décarbonation, neutralité carbone… Où en sont les industriels français ?

Mathieu Mougard : Nous avons publié le 16 mars 2021, en partenariat avec l'IFOP, une étude sur les dirigeants d'entreprises face à « la neutralité carbone ». Au global, la moitié des chefs d'entreprises considèrent que c'est une priorité. Mais, ils sont seulement 16 % à avoir construit leur feuille de route pour une trajectoire bas carbone. Bref, il y a une vraie prise de conscience, mais qui peine, pour l'instant, à se traduire dans les faits.

Comment l'expliquer ?

M. M. : Parmi les freins identifiés : le manque de compréhension des enjeux, le manque de ressources, de compétences, d'outils, et de méthodes pour être en capacité de construire sa trajectoire. Le point fondamental étant la réalisation, en amont, de son bilan carbone. Les entreprises de moins de 500 salariés n'y étant pas contraintes, seulement 16 % d'entre elles l'ont déjà réalisé.

Pourquoi « faut-il » le faire ?

Edwige Rey : Parce que si on ne le fait pas, on ne sait pas d'où l'on part, ni mesurer l'impact réel de ses actions par la suite.

Avec quels risques, sinon ?

E. R. : Ils sont de trois ordres. D'abord réglementaire, ensuite le risque business. La dimension RSE prenant de plus en plus de poids notamment dans les appels d'offres.

M. M. : Oui, et on peut même imaginer que certaines entreprises se voient exclues de certains marchés.

    "Il convient d'abord de réaliser son bilan carbone pour construire sa feuille de route environnementale."

E. R. : Les investisseurs, notamment au niveau européen avec un impact réel du Green Deal, vont flécher leurs investissements vers les entreprises les plus vertueuses ou durables. Celui qui ne rentre pas dans cette démarche va avoir de plus en plus de mal à trouver des financements. A terme, régionales ou internationales, toutes les banques vont aller vers des financements plus verts, plus durables… Or, c'est le nerf de la guerre. Ca risque donc d'avoir un impact direct au quotidien sur les TPE et PME. Enfin, bien sûr, le client final qui est de plus en plus préoccupé par les questions environnementales.

Quand on évoque aujourd'hui la décarbonation dans l'industrie, de quoi parle-t-on précisément ?

E. R. : Essentiellement des procédés industriels et de la production. Bref, tout ce qui va permettre de réduire la consommation énergétique de l'outil de production. On vise essentiellement l'efficacité énergétique, les procédés industriels pour qu'ils soient moins énergivores…

Après, on peut, bien sûr, élargir le spectre aux transports, très émissifs, à la logistique… et à toute la chaîne de valeur, amont et aval. On rejoint le principe de l'analyse du cycle de vie d'un produit. D'ailleurs, au global, les chefs d'entreprise ne sont pas beaucoup plus matures sur la question de l'économie circulaire que sur celle de leurs émissions de gaz à effet de serre. A l'exception notable des grandes entreprises.

M. M. : Un constat qui varie aussi en fonction des secteurs d'activité. Certains, comme les transports, pouvant percevoir la transition énergétique comme un risque plutôt que comme une opportunité.

Alors, comment s'engager dans sa transition lorsqu'on est un industriel ?

E. R. : Quitte à se répéter, il convient d'abord de réaliser son bilan carbone pour construire sa feuille de route environnementale, pour voir où sont ses 'quick wins', comment agir sur ses procédés industriels, puis travailler avec ses différentes directions, logistiques, achats, etc. Les grandes entreprises, donneuses d'ordres, ont un rôle primordial à jouer, car ce sont elles qui vont entraîner toute leur chaîne de valeur.

M. M. : Il faut aussi se former. Il y a un vrai besoin de monter en compétences sur ces sujets. Cela doit venir du chef d'entreprise, s'il veut être en capacité d'embarquer ses équipes. Il y a un réel enjeu stratégique. Ce que certains ont déjà bien compris : la moitié des chefs d'entreprise considère que la transition énergétique va transformer leur business model.

Quid enfin de la relocalisation de la production ?

M. M. : Le fait de produire en France, où le mix énergétique est particulièrement décarboné, va dans le bon sens en matière de transition…

E. R. : Moins en termes de bilan carbone s'il faut par exemple faire venir ses matières premières depuis l'Asie ou l'Afrique. Et, si on vend ses produits aux Etats-Unis. Dans le cadre de son analyse environnementale, il faudra donc bien réfléchir à ses approvisionnements, et raisonner en matière de marché global, en amont comme en aval. Enfin, après la question de ses émissions, le prochain enjeu pour l'industrie, à cinq ou dix ans, sera celui du respect de la biodiversité.

www.lesechos.fr

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