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Stratégie énergie-climat : anticiper dès maintenant l'après-2030

18/09/2023

Stratégie énergie-climat : anticiper dès maintenant l'après-2030

L'objectif des mesures proposées : atteindre la neutralité carbone d'ici à 2050.    © Dilok

Pour atteindre la neutralité carbone, la France ne doit plus tarder à s'engager, soulignent les travaux préparatoires à la Stratégie énergie-climat. Tous les curseurs doivent être poussés au maximum, quelle que soit la source d'énergie décarbonée.

L'idée semble faire petit à petit son chemin : pour atteindre la neutralité carbone d'ici à 2050, la France aura besoin des renouvelables et du nucléaire. Défendue par le président de la République, qui souhaite relancer l'énergie de l'atome, cette option est également partagée par les membres des groupes de travail ayant planché sur la future Stratégie énergie-climat. Car malgré de nécessaires efforts de réduction des consommations d'énergie, l'abandon des fossiles va entraîner une électrification massive dans les transports, l'industrie… et donc de nouvelles consommations. Résultat : « Il faudra développer toutes les technologies décarbonées pour produire au moins 640 TWh d'électricité décarbonée à l'horizon 2035 (au lieu de près de 400 TWh aujourd'hui) », indique le document de travail. Mais il ne faut pas oublier non plus les énergies non électriques, qui nécessiteront une « accélération sans précédent », ainsi que les technologies moins matures, qui joueront un rôle à plus long terme.

Accélération pour le solaire, équilibre pour l'éolien

Les trajectoires proposées par le groupe de travail consacré à l'électricité bas carbone diffèrent quelque peu des objectifs fixés par Emmanuel Macron [40 gigawatts (GW) d'éolien offshore et 100 GW de photovoltaïque à l'horizon 2050].

"Il faudra développer toutes les technologies décarbonées pour produire au moins 640 TWh d'électricité décarbonée à l'horizon 2035"

 Document de travail préparatoire de la future Stratégie énergie-climat

 Le groupe de travail préconise d'atteindre 75 à 100 GW de solaire dès 2035, avec une étape intermédiaire entre 54 et 60 GW en 2030. Ce qui signifie installer 5,5 GW par an, dont une grande majorité de centrales au sol (65 %), « préférentiellement sur les terrains délaissés et les friches industrielles tout en exploitant le potentiel de l'agrivoltaïsme et du solaire sur terrains agricoles et forestiers ». Plusieurs membres proposent même de pousser le curseur jusqu'à 115 GW en 2035.

Pour l'éolien en mer, le groupe de travail mise sur 18 GW installés en 2035, dont 3,6 GW en 2030 (projets déjà engagés et/ou identifiés). Cela passera par le lancement d'un appel d'offres de 8 à 10 GW d'ici à fin 2025, dès que seront achevés les travaux de planification par façade maritime, en engageant au préalable les travaux de raccordement.

Ne pas oublier l'innovation

Le groupe de travail plaide pour un soutien plus fort aux innovations sur les énergies renouvelables matures, mais aussi sur d'autres sources d'énergie, comme l'hydrogène (natif, par biomasse sourcée…), les énergies marines, la pyrogazéification et la gazéification hydrothermale, la méthanation, les carburants de synthèse… Appels d'offres d'expérimentations, projets pilotes et soutien à la recherche doivent être engagés. Il faut également travailler à accompagner la transition des réseaux, via le stockage (y compris le stockage thermique massif), le pilotage, les smart grids, le vehicles to grid...« L'innovation peut permettre de franchir la dernière marche vers le bouclage », estime le groupe de travail.

 Le rythme de développement de l'éolien terrestre est, quant à lui, maintenu à 1,5 GW/an, pour atteindre 40 à 45 GW en 2035 (voire 45 à 48 GW selon plusieurs membres). Le groupe de travail mise sur une « juste répartition entre l'éolien terrestre et l'éolien en mer pour les besoins du système électrique ». Il prône également une répartition plus équilibrée des parcs sur le territoire (la moitié de la puissance actuelle est installée dans deux régions, les Hauts-de-France et Grand Est). Il recommande aussi de préparer un plan de repowering des parcs existants durant la décennie 2025 à 2035.

Nucléaire : consolider l'avant-2030 et prévoir l'après

En parallèle, le groupe de travail préconise d' « engager le renouveau de la filière nucléaire ». Cela passe par une meilleure disponibilité du parc existant, l'étude d'une augmentation de puissance de certains réacteurs et/ou de la prolongation de leur durée de vie au-delà de cinquante ou soixante ans. L' « objectif industriel de production nucléaire » doit être de 400 TWh en 2030.

Afin d'anticiper l'après-2030, le programme de construction des six EPR2 doit également être engagé et, d'ici à 2026, le lancement d'un second palier de huit réacteurs (13 GW) doit être envisagé. Sans oublier les réacteurs de quatrième génération (SMR et AMR) dont des prototypes ou la construction doivent pouvoir émerger à l'horizon 2030.

Dans le même but, « l'orientation pérenne de semi-fermeture du cycle de combustible » pour les réacteurs de quatrième génération doit être validée et permettre une prise de décision aux alentours de 2026, « en veillant à prendre les mesures permettant d'éviter une saturation des infrastructures existantes d'ici à 2035 ».

Enfin, le groupe de travail recommande d'accompagner le développement des autres usages du nucléaire, autrement dit de la chaleur, de la cogénération, des carburants de synthèse ou encore du dessalement.

Chaleur : « une accélération sans précédent »

Le groupe de travail rappelle également que la sortie des fossiles nécessite également « une accélération sans précédent de toutes les énergies bas carbone non électriques », souvent oubliées dans les débats énergétiques. Le déploiement des réseaux de chaleur, qui peuvent centraliser et transporter la chaleur renouvelable et de récupération, doit s'accélérer, note-t-il. Cela passe par un renforcement du Fonds chaleur, en visant 1 milliard d'euros (Md€) par an d'ici à 2024 et 2,4 Md€ d'ici à 2030.

Pour mieux mobiliser les gisements, les collectivités devraient réaliser des schémas territoriaux de chaleur et de froid et généraliser les cadastres solaires. Des études de faisabilité de récupération de la chaleur fatale doivent être réalisées par les industriels, qui doivent également mieux être accompagnés dans la couverture des risques. Dans les bâtiments neufs, les obligations d'études de faisabilité doivent être renforcées sur les solutions d'approvisionnement en énergie, chaleur et froid.

Pour la biomasse, il s'agit d'assurer une production croissante (en développant notamment les haies et les cultures intermédiaires), tout en hiérarchisant les usages. La valorisation des biodéchets et des combustibles solides de récupération doit également être renforcée. Le groupe de travail préconise de faire de l'Ademe l'agence de coordination et de référence sur la biomasse.

Miser sur les technologies de rupture

À propos de l'hydrogène, le groupe de travail valide l'ambition de 6,5 GW d'électrolyseurs en 2030 et ajoute un minimum de 10 GW en 2035. Il appelle également à anticiper et planifier le développement des réseaux, du stockage, mais aussi les imports d'hydrogène décarboné pour répondre aux besoins. Il préconise de soutenir la production dès maintenant via le lancement d'appels d'offres sur le modèle de contrats pour différence.

Concernant le captage et le stockage du carbone (CCUS), s'il recommande de le cantonner « uniquement » aux émissions résiduelles et incompressibles, il prône l'établissement d'une trajectoire de déploiement et d'un cadre de régulation pour les transports. Il préconise également de diversifier les possibilités de stockage et de valorisation du CO2.

Sophie Fabrégat / actu-environnement

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